Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine - TnBA

Théâtre du Port de la Lune , Théâtre, danse, musique, marionnettes, cirque, théâtre des enfants...

Édito

Tenir bon...

 

© David Bross

 

Édito - Saison 2016/2017

« Je me sens toujours incroyablement bien dans un fauteuil de théâtre, car je sais que je vais être tranquille pendant la durée du spectacle.(...) J’aime cette situation  si spécifique que je ne peux expérimenter ni en lisant un livre, ni en visitant une exposition, et encore moins en regardant un film sur mon ordinateur, qui m’autorise à être avec mes contemporains hors de la normativité des rapports sociaux. J’aime être avec mes contemporains, assis dans la salle et partager des choses que, même si j’étais très intime avec certains d’entre eux, je ne pourrais pas évoquer ».

J’ai eu envie de partager cet éloge du théâtre de Jérôme Bel pour me réjouir avec vous de l’amour que vous avez vous aussi manifesté pour ce théâtre au cours de la saison qui vient de s’achever. Malgré la sombre année 2015, vous avez été très nombreux (comme jamais), très divers par vos âges et vos origines sociales (comme jamais), mais surtout, vous avez été passionnés. Je garde, entres autres, ce souvenir du grand écart enthousiaste qui vous a fait passer sans transition du classicisme si fin de La vida es sueño à l’émotion brute des Sorelle Macaluso. D’un décor et de costumes éblouissants à une scénographie tenant dans une valise. Vous qui vous êtes passionnés devant des formes si différentes, avez aussi été séduits par des spectacles en langue étrangère. Ouverture, voilà bien un mot essentiel dans le chemin que nous traçons ensemble (saison après saison), un chemin qui serait le contraire des selfies, relation de soi à soi dans un monde clos.

Un public élargi et conquis, une salle Vauthier rénovée, des échanges amicaux et tardifs au Tn’BAR après les spectacles, une 3ème promotion sortante de l’éstba que vous verrez dans Comédies barbares pour qui l’insertion professionnelle s’annonce déjà prometteuse… Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Hélas non, et nous le savons bien. Le manifeste farouchement volontariste que je posais pour la 1ère saison : « Il est trop tard pour être pessimiste » s’avère de plus en plus d’actualité. Les pressions sur la culture se font de plus en plus pesantes ; l’Art, tout comme la Recherche, s’éloigne de plus en plus des priorités du « politique », comme s’il était « non indispensable », une variable d’ajustement en période de crise. Il est d’autant plus absurde et rageant d’en être là que vous, spectateurs, prouvez à chaque représentation la nécessité de ces traversées émotives et pensantes qui nous permettent d’aborder le réel en humains responsables. Et les artistes qui tentent fiévreusement de rendre audible une parole et font palpiter les idées sont bien là dans cette nouvelle saison. En pleine forme ! En ces temps d’intranquillité, gageons que nous saurons, pour reprendre les mots de Victor Hugo : « affronter la puissance injuste, tenir bon, tenir tête… et trouver la lumière qui nous électrise ». 

Catherine Marnas
1er juin 2016