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Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine – TnBA

Centre dramatique national, théâtre, danse, théâtre en famille


Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine

Cher, cher, cher public

Vous voilà encore une fois « baladés » de reports en annulations, de changements d’horaires en changements de date et je voulais tout d’abord vous remercier pour votre grande patience mais aussi partager avec vous aujourd’hui ma colère.

Nous avons été jusqu’à présent sages et obéissants ; conscients de notre responsabilité vis-à-vis de vous et de la société toute entière.
Après les dernières déclarations du gouvernement, nous informant 5 jours avant la date prévue que finalement nous n’ouvririons pas, faisant fi des répétitions, des montages et démontages de décor, de tous les services mobilisés pour vous avertir des changements, le sentiment d’une injustice, voire même d’une punition, mettant la culture dans un état de dépendance la conduisant au découragement et à la soumission nous assaille.

Car enfin, puisqu'on nous apprend jour après jour à analyser des données sanitaires, il nous paraît évident que l’augmentation exponentielle de la propagation du virus correspond à l’assouplissement des règles de confinement. Nous l’avons tous constaté dans les rues, dans les transports en commun, dans les commerces : « cela » circulait plus. Mais pas dans « les établissements recevant du public » puisque nous étions fermés. Et, double peine, nous ne pouvons pas rouvrir !
Je me permets, ici, de souligner l’absurdité du sort qui nous est réservé ! 

C’est pour cela que le TnBA s’est associé à la demande de référé porté au niveau national sur un principe d’égalité. À règles sanitaires égales, à jauges égales, bénéficier du même traitement.
Pour l’instant, en attente de la réponse du Conseil d’Etat, nous sommes toujours dans la même incertitude angoissante, une attente au jour le jour qui n’est plus possible.
La prochaine échéance est fixée au 7 janvier, date à laquelle les chiffres seront réexaminés pour une éventuelle réouverture.
Que faisons-nous vis-à-vis de vous d’ici là ? L’équipe d’Hamlet répète dans nos lieux pour des représentations qui devaient commencer le 5 janvier. Ils seront prêts, vous attendront, mais peut-on encore vous faire attendre ? Une nouvelle fois ? Et jusqu’à quand ?

Nos équipes sont épuisées par le « stop and go » et risquent de se démobiliser. Vous êtes fatigués par le « stop and go » et risquez de vous démobiliser.
Quel gâchis !
Je parlais d’absurdité, je n’en suis plus si sûre.
Il s’agit bien d’un projet de société et des valeurs que l’on défend.
Travailleurs, consommateurs d’accord. Citoyens émancipés, désireux de mener leur vie au plus près de leurs interrogations, de leurs rêves, de leurs émotions communes, quel intérêt ?
Non essentiel ?
La société tout entière souffre ; la peur, l’angoisse du monde futur quand les certitudes sont ébranlées sont des virus puissants et délétères. Les interroger collectivement, par le partage de la poésie, la défense de l’invisible ou de l’indicible, du « tremblant » du fragile, de l’insoupçonné, de l’inédit, sont les anticorps du monde de demain. Un vaccin « essentiel » contre la désespérance et la perte d’énergie vitale…

Au début de la pandémie nous avons tous entendu les propos de notre président ; cette crise sans précédent devait nous inciter à changer les modèles jusqu’alors en vigueur ; l’urgence climatique, la découverte soudaine que les plus mal payés d’entre nous étaient ceux qui permettaient à notre société de fonctionner, l’importance vitale d’un service public de la santé…
Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
Cette remise en question de notre monde, où a-t-elle disparu ?

Cette lettre veut partager avec vous mes doutes, mes espoirs et mes croyances en cette période troublée où votre confiance est un moteur et une motivation de chaque jour.
J’ose dire à bientôt et bonnes fêtes !

Catherine Marnas